Photo titre : Ursula von der Leyen s’exprime devant le Parlement européen à Strasbourg, le 10 septembre 2025. (REUTERS/Yves Herman)
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, annonce l’arrêt du soutien bilatéral de Bruxelles à Israël et propose de suspendre l’accord commercial entre l’Etat hébreu et l’UE. Une décision qui va trop loin pour certains Européens, et pas assez pour d’autres.
Sous pression de plusieurs pays européens, Ursula von der Leyen s’est livrée mercredi à un délicat exercice en annonçant une suspension de l’aide financière bilatérale de Bruxelles à Israël. « Nous arrêterons tous les paiements dans ces domaines », a déclaré la présidente de la Commission dans son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen de Strasbourg. Elle a souligné que la coopération de Bruxelles « avec la société civile israélienne ou Yad Vashem », le mémorial de la Shoah à Jérusalem, ne serait pas affectée.
Les montants en jeu sont faibles. Israël devait recevoir «en moyenne 6 millions d’euros par an entre 2025 et 2027», indique-t-on à la Commission. En outre, «l’UE suspendra environ 14 millions d’euros pour des projets en cours». La décision est donc surtout symbolique.
« Ce qui se passe à Gaza est inacceptable, s’est-elle justifiée. La famine provoquée par l’homme ne doit jamais être une arme de guerre. Pour le bien des enfants, pour le bien de l’humanité, cela doit cesser. » De nombreux eurodéputés de gauche étaient venus dans l’hémicycle de Strasbourg habillés de rouge pour dénoncer la guerre à Gaza et l’inaction européenne.
Accord de libre-échange
Ursula von der Leyen va faire « deux propositions supplémentaires » plus importantes au Conseil européen, qui regroupe les vingt-sept Etats membres. La première sera de sanctionner les « ministres extrémistes » israéliens du gouvernement Netanyahou et les « colons violents » en Cisjordanie, une mesure déjà prise individuellement par plusieurs pays.
« Nous allons aussi proposer la suspension partielle de l’accord d’association sur les questions commerciales » signé avec Israël. « Je suis consciente qu’il sera difficile de trouver des majorités » au sein du Conseil sur ce point, a-t-elle reconnu. L’Irlande, l’Espagne, le Danemark, la Suède ou encore les Pays-Bas ont appelé à la suspension de l’accord de libre-échange entre l’UE et Israël, a comptabilisé Reuters. D’autres, dont l’Allemagne, la Hongrie ou la République tchèque, s’y opposent.
L’Union européenne a importé l’an dernier pour 15,9 milliards d’euros de marchandises en provenance d’Israël, selon Eurostat. Dans l’autre sens, les Européens ont exporté vers Israël pour un montant de 26,7 milliards. L’UE est le premier partenaire commercial d’Israël, représentant 32 % des échanges de biens de l’Etat hébreu avec le reste du monde.
Faire bouger l’Allemagne et l’Italie
Ces annonces ont immédiatement été qualifiées de « regrettables » par Gideon Saar, le ministre israélien des Affaires étrangères. « Une fois de plus, l’Europe envoie un mauvais message, qui renforce le Hamas » et ses alliés au Moyen-Orient, a-t-il déclaré sur X.
« Pour certains, ce sera trop, et pour d’autres, pas assez », a dit Ursula von der Leyen. Les eurodéputés de gauche sont dans la deuxième catégorie : « Où est l’Europe quand Gaza est en train de mourir ? », a lancé lors des débats Iratxe Garcia, au nom du groupe des sociaux-démocrates.
Il s’agit en tout cas d’un tournant pour la Commission de Bruxelles. « Ursula von der Leyen reconnaît enfin qu’elle doit être plus dure envers Israël », commente Fabian Zuleeg, du think tank European Policy Centre. La proposition de suspendre les droits de douane préférentiels sur les importations israéliennes de l’UE « pourrait être décisive pour inciter les Etats membres réticents comme l’Allemagne et l’Italie à lever leur véto sur ce sujet », estime Hugh Lovatt, expert au European Council on Foreign Relations.
La règle de l’unanimité
Les annonces de la présidente sur Israël seront « controversées » et « ne supprimeront pas les divergences de vues entre les Etats membres », reprend Fabian Zuleeg, qui prévoit « une résistance » de certains pays sur cette initiative.
La Commission avait déjà proposé de suspendre l’accès de l’Etat hébreu aux financements de son programme de recherche Horizon. Mais cette initiative « est coincée sans majorité » pour la voter parmi les Vingt-Sept, a déploré Ursula von der Leyen. « Nous ne pouvons pas nous permettre d’être paralysés », et la Commission fera aujourd’hui ce qu’elle peut faire par elle-même, a-t-elle argumenté.
La présidente a d’ailleurs appelé l’Union européenne à abandonner la règle de l’unanimité des vingt-sept Etats membres dans des domaines comme la politique étrangère, pour accélérer la prise de décisions. « Le moment est venu de nous libérer du carcan de l’unanimité ! », a-t-elle lancé.
Les Echos – Vincent COLLEN – 10 septembre 2025 – Publication AFPS Alsace 15 septembre 2025