Une économie entière au service d’un génocide. C’est ce que dénonce la rapporteure spéciale de l’ONU sur les Territoires occupés. Dans un nouveau rapport, Francesca Albanese décrit la façon dont l’économie israélienne utilise le massacre à Gaza pour faire des profits. Profits réalisés aussi par bon nombre d’entreprises étrangères, accusées de complicité.
Dans un discours prononcé devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, est venue présenter les conclusions de son rapport publié le 1er juillet dernier.
Pour la juriste italienne, la guerre à Gaza représente une manne financière pour le complexe militaro-industriel qui a pu tester et développer de nouvelles armes et de nouveaux systèmes de surveillance, en partenariat bien souvent avec les géants de la tech, relate notre correspondant à Genève, Jérémie Lanche. Toute l’économie israélienne en a profité, explique Francesca Albanese.
« Depuis 20 mois, alors que l’armée israélienne et les colons détruisent la Palestine et détruisent des vies, la Bourse de Tel Aviv a progressé de 213 %. Accumulant plus de 220 milliards de dollars de gains… On peut donc dire que pour certains, le génocide est une source de profits. »
« Ce que je dénonce n’est pas une liste, c’est un système »
Pendant qu’un peuple s’enrichit, l’autre disparaît, accuse la rapporteure spéciale, et il n’y a pas que le secteur de l’armement qui serait responsable. Plus de 60 entreprises sont citées dans le rapport de Francesca Albanese. Selon elle, elles étaient impliquées dans le soutien aux colonies israéliennes et aux actions militaires à Gaza.
« Ce que je dénonce n’est pas une liste, c’est un système, et il faut s’en occuper », a-t-elle déclaré au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. « Il faut que les gens sachent que quand ils achètent une voiture pour leur famille, ce logo est le logo des machines qui ont pulvérisé leur terre. Parce que Gaza n’a pas été détruite seulement avec des bombes, mais aussi avec des bulldozers », insiste-t-elle.
Caterpillar, Hyundai, Volvo… En tout, une cinquantaine d’entreprises sont pointées du doigt. Même le tourisme n’y échappe pas. En proposant des logements dans des colonies, Booking.com et Airbnb seraient tout aussi coupables, selon le rapport. Francesca Albanese demande que ces compagnies soient poursuivies en justice pour violation du droit international. Elle demande aussi un embargo complet sur les armes à destination d’Israël.
RFI – 3 juillet 2025
DE L’ÉCONOMIE DE L’OCCUPATION À L’ÉCONOMIE DU GÉNOCIDE
Rapport du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967
Ce rapport examine l’appareil qui soutient le projet colonial israélien de déplacement et de remplacement des Palestiniens dans le territoire occupé. Alors que les dirigeants politiques et les gouvernements se dérobent à leurs obligations, beaucoup trop d’entreprises ont profité de l’économie israélienne d’occupation illégale, d’apartheid et maintenant, de génocide. La complicité révélée par ce rapport n’est que la partie émergée de l’iceberg ; Il n’y mettra pas fin sans que le secteur privé, y compris ses dirigeants, ne rende des comptes. Le droit international reconnaît divers degrés de responsabilité – chacun nécessitant un examen minutieux et une obligation de rendre des comptes, en particulier dans ce cas, où l’autodétermination et l’existence même d’un peuple sont en jeu. Il s’agit d’une étape nécessaire pour mettre fin au génocide et démanteler le système mondial qui l’a permis.