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Conteneur à Anvers prêt à partir avec des pièces pour une entreprise de défense israélienne : « Peut servir dans les chars Merkava à Gaza »

Image titre : https://image.demorgen.be/248901206/width/750/een-containerschip-van-msc-in-het-deurganckdok

Dans le port d’Anvers, un conteneur est rempli de trois palettes qui partent pour Israël. Pas une aide humanitaire pour Gaza, mais une commande de l’un des principaux fournisseurs de chars de l’armée israélienne. C’est ce qui ressort des documents en possession de De Morgen.

Sur le quai 1742 du quai Deurganck, un conteneur a été chargé jeudi de trois palettes de roulements à rouleaux coniques en provenance de France. Le conteneur du géant du transport maritime MSC sera bientôt embarqué par un navire à destination du port israélien d’Ashdod.

Le destinataire de ce conteneur est Ashot Ashkelon Industries, un fabricant israélien de pièces pour l’aérospatiale et la défense. C’est ce qui ressort des documents maritimes en possession de De Morgen et du collectif de recherche irlandais The Ditch.

Ashot Ashkelon se vante d’être la seule usine en Israël qui fabrique et entretient des systèmes de transmission pour les chars Merkava et les véhicules blindés Namer.

En l’espace d’un an, elle a remporté trois contrats importants avec les Forces de défense israéliennes (FDI), d’une valeur de plus de 80 millions d’euros. Alors que l’armée israélienne déployait ces Merkavas et Namers à Gaza, la part d’Ashot Ashkelon a fortement augmenté.

Les pièces dans un conteneur sur le quai Deurganck proviennent d’une usine en France. Il s’agit d’une branche de l’américain Timken à Colmar, spécialisée dans la production de roulements coniques coniques. Ceux-ci peuvent être utilisés pour être montés sur un essieu, par exemple entre les roues avant des véhicules, sous une bande transporteuse ou dans des systèmes de transmission.

En principe, la Flandre interdit l’exportation ou le transit de biens militaires qui reviennent à « renforcer la capacité militaire des forces armées israéliennes ». D’après les enquêtes menées auprès du service de contrôle des marchandises stratégiques, aucune autorisation n’a été demandée pour cette cargaison.

On peut supposer que ce n’est pas nécessaire. Il s’agit d’un double usage : les roulements à rouleaux coniques peuvent être utilisés dans des applications militaires et civiles. S’ils ne sont pas spécialement conçus à des fins militaires, ils ne sont pas soumis à autorisation.

« La Flandre devrait vérifier cela de manière approfondie », déclare Hans Lammerant de l’ONG Vredesactie. « Cette entreprise israélienne tire les deux tiers de son chiffre d’affaires des livraisons à Tsahal. La chance que cette livraison ne soit pas pour l’armée israélienne n’est pas si grande. Ils doivent le prouver.

Vredesactie et d’autres ONG avaient déjà déposé une plainte contre la compagnie maritime israélienne Zim, après que De Morgen eut fait état de 246 tonnes de munitions et de 20 tonnes de détonateurs qu’elle avait transportées en Israël via Anvers. Cette enquête judiciaire est toujours en cours.

La semaine dernière, des dockers français ont refusé de charger des unités militaires sur un navire Zim à destination d’Israël. Le conteneur MSC à paliers coniques à Anvers devait également se rendre en Israël à bord d’un navire Zim lundi. Alors que De Morgen a posé des questions à diverses autorités vendredi, le départ a soudainement été repoussé d’une semaine. Il est maintenant prévu que le conteneur parte avec un porte-conteneurs de MSC lui-même.

Lammerant a depuis signalé cette exportation à la Direction du contrôle des marchandises stratégiques, aux douanes et au juge d’instruction. « Tous ces services ont l’autorité d’agir et ils doivent agir rapidement, car le navire est en route pour prendre la cargaison. C’est trop important pour ne pas le signaler.

DeMorgen – Bruno Struys – 7 juin 2025 – publication AFPS Alsace 10 juin

Bruno Struys est journaliste d’investigation à De Morgen.